Ce matin-là, le ciel était d’un bleu limpide. Il est vrai que les cinq derniers jours, tous les nuages accumulés depuis le début de ce mois de mars pourri semblaient avoir voulu vidanger les cataractes célestes sur un seul et unique point de la planète Terre : Saint-Cyr-sur-Mer. 
 
Le soleil revenu, le village revivait. Les paysans avaient le sourire. La terre avait bien absorbé toute cette pluie et déjà les champs détrempés ne gardaient plus que par endroit quelques flaques d’eau. De la terre s’élevait une légère brume qui serait vite dissipée dès que la brise venant de la mer toute proche caresserait de son souffle une végétation qui ne demandait qu’à s’éveiller. 
 
Non loin de là, en ce samedi matin, le petit hameau de la Madrague prenait vie lui aussi. Brutalement, il fut réveillé par la stridente sirène d’un véhicule de secours. En quelques années ce coin autrefois paradisiaque avait été envahi par une foultitude de constructions qui, l’été, abritaient plusieurs centaines d’estivants, venus pour la plupart des brumes du Nord ou de l’Est. 
En cette saison, seuls quelques amoureux de calme et de tranquillité y vivent en permanence. Ils travaillent souvent à Toulon ou Marseille. Ils partent tôt le matin, prennent le train comme d’autres, plus au nord, prennent le métro, et rentrent le soir, fourbus mais heureux. Heureux, car à la différence de leurs homologues parisiens, lyonnais ou lillois, ils ont eux, la satisfaction de pouvoir contempler les étoiles, de déguster dans la douceur d’une soirée hivernale un « petit jaune [1] » sur une terrasse qui conserve en son sol de tomettes rouges la chaleur d’un soleil qui, ici, ne craint pas de se montrer, même en hiver. 
 
Quelques vacanciers, généralement étrangers, cohabitent un temps avec cette population autochtone.  
 
La famille Van Kloberg en fait partie, qui vient toutes les années, du 15 mars au 10 avril se refaire une santé « une fois » et profiter du début du printemps pour faire quelques parties de pêche, et prendre son bain de mer journalier. Ils sont en cela bien plus courageux que nous autres, méridionaux, pour qui une eau à moins de 24 degrés est jugée « glaciale »  
 
Et c’est un plaisir que de voir le père Van Kloberg ( 67 ans )faire son crawl matinal accompagné de madame ( 63 ans) et de Pistou, un magnifique caniche blanc, frisé comme un mouton, qui s’en donne à cœur joie, batifolant à coté de ses maîtres, dans une Méditerranée dont la température frôle à peine les 16 degrés. 
 
Il est vrai qu’à Anvers, ville dont ils sont originaires, en ce même début de printemps, la mer du Nord accuse quelques cinq ou six degrés de moins. Quant à l’air, n’en parlons pas. Tout juste bon à congeler les harengs. 
 
Ils sont donc venus, et, comme d’habitude, ils ont salué le voisinage, dispensant à chacun un mot d’amitié. Ils sont considérés à présent comme étant – presque - du pays. Un autre point commun renforce l’amitié des deux couples. Ils adorent les chiens. Pistou, le Caniche, doit son nom au fait que le jour où il fut donné à son maître par un pêcheur des Lecques, - il avait à peine deux mois – il trouva le moyen de se faire remarquer en plongeant les deux pattes dans une assiette pleine à ras bord d’une excellente soupe au pistou mitonnée par le chef de l’Auberge des Pins. Il en fut douché ainsi que son nouveau Maître dont le pantalon blanc et jusque-là immaculé, fut orné de haricots blancs, de basilic vert, et de petits macaronis. Les humains trouvèrent cela assez rigolo, et le chien y trouva son nom. Cela se passait en 1984. 16 ans déjà.               La suite - à la fois triste et comique - dans l'Ebook  
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